Le jour où mon regard a changé.

Il y a de cela quelques décennies, j’entrais pour la première fois dans un cours de yoga. J’avais 19 ans, j’étais étudiante, et j’avoue que je n’avais pas osé franchir la porte seule : j’étais accompagnée de ma meilleure amie. À l’époque, le yoga était loin d’être à la mode pour les jeunes!

Je me rappelle encore la salle — un local associatif sans charme, loin des studios esthétiques que l’on connaît aujourd’hui. En observant les autres élèves, mon premier réflexe de jeune fille a été sans appel : « Mais ils sont tous vieux ! »

Puis, le miracle de la pratique a opéré.

Au fil des postures, mon regard s’est transformé. Ces visages que je jugeais « vieux » sont devenus beaux. J’ai découvert des corps habités, calmes, d’une souplesse surprenante. En réalité, c’est moi qui me sentais « vieille » et raide dans ce corps de 19 ans que je ne savais pas encore habiter.

Ce jour-là, j’ai appris que le yoga n’était pas une affaire d’âge, mais de présence. J’ai quitté ce cours avec une admiration profonde pour ces pratiquants et, surtout, avec une nouvelle « posture intérieure ». C’est ce souvenir, encore si vivant, qui m’anime aujourd’hui quand je vous retrouve sur le tapis.

L’étincelle et l’ami fidèle

Au fil de cette première séance, mon admiration s’est déplacée des élèves vers l’enseignant. Il y avait une « attraction » ) laquelle je n’ai pas pu résister : il fallait que j’aille lui parler à la fin du cours. Entre nous, je crois même que j’étais un peu amoureuse de cette présence qu’il dégageait !

Ce jour-là, une graine a été plantée. À 19 ans, alors que personne dans mon entourage ne pratiquait, je savais intuitivement qu’il se passait «  un truc ».

Plus qu’une détente : une présence. Moi qui ai toujours eu l’esprit en ébullition et un besoin de bouger, j’ai compris que le yoga n’était pas une méthode pour « se vider la tête » (un concept qui ne m’a jamais parlé). Au contraire, j’y ai retrouvé ce que j’aimais déjà enfant dans le tir à l’arc, le tricot ou le crochet : le focus. Cette sensation d’être enfin « chez moi », les pieds sur terre, la tête au calme.

Le yoga, mon compagnon de route. Ma meilleure amie est ressortie de là en baillant, s’étant un peu ennuyée. Pour moi, c’était tout l’inverse : je me sentais vibrante, ancrée, « réveillée ».

Depuis cette rencontre printanière de mes 19 ans, le yoga ne m’a plus quittée. Il est devenu mon point d’ancrage, un ami fidèle qui traverse avec moi les tempêtes, les éclaircies, mes joies.

Le yoga n’est pas une bulle pour s’isoler. Si je vous transmets cette pratique aujourd’hui, ce n’est pas pour vous apprendre à vous retirer du monde ou à chercher une paix artificielle. Au contraire, c’est pour vous aider à embrasser la vie dans toute sa complexité.

La vie est une succession de hauts et de bas. Mais j’ai appris qu’il y a une forme de beauté jusque dans les moments difficiles, pour peu qu’on accepte de les vivre pleinement, avec présence. Le yoga est cet ami fidèle, ce point de repère sur lequel on peut s’appuyer pour savourer chaque instant de soleil.

En ce printemps, je nous souhaite de vivre nos vies « à fond », bien ancrés sur nos tapis et dans nos cœurs.